«Se choisir» ? admettons… mais après ?

(mon titre est virulent et j’en ai conscience, mais je pense avoir suffisamment nuancé mes propos dans cet article pour que vous soyez convaincu de ma réflexion profonde sur le sujet!)

Il est de ces modes dont on se passerait bien la planète. Et la mode actuelle est de se choisir. Pour ceux qui l’exclament, c’est devenue une injonction incontournable, voire bienveillante pour ne plus être brimée par des siècles de perversité ecclésiastiques ou des décennies de dominance parentale.

Pour moi, se choisir, pris sous sa forme systématique, n’est qu’un synonyme à peine détourné d’«égocentrisme» ou un subterfuge adroit pour faire passer l’égoïste pour un victime (ou ex-victime) ayant pu enfin retrouver un semblant de liberté depuis qu’il s’est enfin «choisit». Je trouve que ces recettes faciles et immédiates sont dommageables parce qu’elles éloignent d’emblée d’une gamme de possibilité qui siègent dans la singularité du contexte. Se choisir n’est, en effet, qu’une des réponses possibles à une situation dans un contexte donné. En faire un mot d’ordre, sans discernement, empêche de faire une vraie expérience de bonheur… (qui, d’ailleurs pléthore de recherches scientifiques nous ont montré que le vrai bonheur a lui de bonnes chances de prendre racines non pas dans le retour égocentrique à soi, mais dans l’élan de l’altruisme, du don, de la compassion, de la gentillesse désintéressée envers l’autre ; mais cela est un autre débat).

Ceci étant dit, nous voici à la partie constructive de mon argumentation : voici quelques repères pour «surfer» avec classe, habileté et joie sur le continuum apparent «altruisme-égocentrisme».

J’aime bien dire que pour chaque inspiration, il y a une expiration (j’enseigne la méditation ne l’oublions pas, mais le comptable dirait que pour chaque débit, il y a un crédit) ; ainsi pour chaque temps de repli sur soi, il devrait logiquement venir aussi un temps de don à l’autre. C’est la fameuse phrase de la Bible qui mentionne qu’il faut aimer son prochain comme soi, même. En passante, je souligne qu’il n’est pas maqué ici «plus que soi-même», il n’est pas non plus marqué «moins que soi-même», non il est clairement inscrit «comme soi-même». Partant de là, je suis bien évidemment entièrement d’accord qu’il faille nécessairement un temps pour se donner à soi, pour combler ses besoins afin de pouvoir librement et sans complexe donner aux autres.

Toutefois, l’écueil vient souvent qu’on sait mal «se donner». Un peu comme la «junck food» ne nourrit pas le corps, se donner sans souplesse, c’est perdre du temps pour nourrir autre chose que son âme ; c’est grignoter sur son capital temps pour faire des choses qui ne servent ni à soi, ni aux autres, car elles servent seulement à anesthésier son ressenti pour justement ne pas se poser de questions. Et après un épisode de temps vide à s’anesthésier l’esprit, c’est sûr que le sentiment vide qui se créé en soi a besoin d’être comblé par des activités qui nécessitent de se choisir !

Alors quelle est la formule gagnante ? Si l’idée n’est pas de se choisir à tout prix, elle est plutôt de savoir exactement ce dont nous avons besoin pour se le donner. Cela prend le courage de se pencher consciemment sur soi pour découvrir quel est son besoin du moment, le découvrir avec des yeux neufs et sans jugement. Alors, là, on va peut être voir que dans nos besoins, tous ne sont pas d’ordre égocentriques et que beaucoup de ses besoins sont finalement teintés d’un élan altruiste. Peut être découvrirons nous même que notre formule particulière qui est que notre équilibre se retrouve dans 80% d’altruisme et 10% de retour à soi ou bien l’inverse. Et cette portion varie avec le temps.

Si je suis peut être aussi virulente sur ce sujet, c’est que j’ai moi-même été élevée dans un monde centré sur l’altruisme. Et dans un mouvement de rejet, j’ai alors choisi de me donner sans mesure, de me mal me donner. C’était sûrement là une stratégie d’équilibre (boiteuse). Toutefois, mon vrai bonheur a éclot quand j’ai su judicieusement me nourrir de ce dont j’avais besoin et mon constat a donc été que, mise à part une ou deux heures de solitude nécessaire, tout mon temps d’éveil pouvait facilement être employé à donner aux autres selon plusieurs modalités. Me poser la question des besoin m’a permis de ne plus être dans une réaction contre «le devoir de donner» (à tout prix), mais dans une reconnaissance de mon besoin d’aider.

En conclusion, à l’injonction «se choisir» je choisirai d’avantage cette injonction beaucoup plus ouverte et étonnante «d’écouter ses besoins», afin de pouvoir réellement trouver la bonne façon de les combler… et cette façon peut être autant dans le registre du «se choisir» que de tout donner à l’autre.

2 thoughts on “«Se choisir» ? admettons… mais après ?

  1. Marie Si :)

    Tellement juste, tellement touchant, tellement vibrant, tellement toi Marie-Eve!
    Merci pour cette réflexion qui peut remettre les pendules à l’heure, réveiller des choses essentielles endormies ou faire l’effet d’un baume sur le coeur.
    Tendrement,
    Marie

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *