Dans ma pratique en orientation, je constate très souvent que mes clients malheureux au travail ne savent plus s’ils aiment ce qu’ils font ou si c’est le milieu de travail dans lequel ils exercent leur talent qui entraîne leur désintérêt et leur démotivation au travail. C’est une question cruciale, car y répondre peut amener vers deux voies totalement différentes : une réorientation de carrière ou un changement d’emploi dans le même domaine.

Dans ce contexte, voici les éléments à mettre en balance pour faire une première réflexion.

Quand on parle de sens au travail, il y a plusieurs dimensions à considérer. Des dimensions personnelles (soi) et des dimensions organisationnelles (l’entreprise).

Du point de vue de l’individu

Dans les dimensions personnelles, on retrouve essentiellement l’intérêt que je porte à mon travail.

La question à se poser sont donc la suivante : est-ce que j’ai encore de l’intérêt pour mon domaine (pâtisserie, relation d’aide, etc.) ? Parfois on aime encore le domaine, mais pas spécifiquement les tâches que l’on fait. Mais savoir que l’on aime encore ce que l’on fait est crucial, on sait alors que l’on est encore dans la bonne voie, pour soi.  On peut aussi mesurer son intérêt en regardant si on aime se former dans notre domaine : ai-je envie de participer à des colloques ou des formations pour se mettre à niveau ? Si oui c’est que la flamme est encore là.

Par exemple, un mécanicien adore encore bricoler dans son établi, lit dans son domaine, pose des questions à des amis sur des problématiques qu’il a au travail, mais a du mal à se rendre au travail tous les lundis. Même le dimanche dès midi, il vit un stress qui l’empêche de profiter de la fin de sa fin de semaine. On voit ici des indices que ce n’est pas son orientation qui est en cause… mais plus le milieu de travail.

Le souci est que parfois, il reste un intérêt, mais celui-ci est étouffé par des mauvaises conditions de travail… et faire la part des choses est alors très difficile, car on perd totalement confiance en soi et ses capacités.

Retenez ce qui suit, car même si vous aimez votre travail, avoir en tête ces informations vous permettra d’aider intelligemment un ami qui se sent perdu.

Du point de vue de l’entreprise

L’idée là-dedans est alors de poser un regard sur notre milieu de travail et voir si celui-ci comporte de manière insidieuse des conditions qui vont miner toute motivation, tout intérêt et tout sens à notre travail.

J’aurai pu appeler cette chronique : comment stresser un employé, car plusieurs de ces dimensions sont aussi celles qui vont créer du stress, de l’épuisement et de la détresse… mais restons positifs et partons à la quête de sens. On ne verra pas toutes les dimensions aujourd’hui, une partie pour faire une première réflexion.

Alors qu’est-ce qui peut faire qu’insidieuse on perd le sens au travail ?

Le manque d’autonomie – Ne pas pouvoir faire les choses à sa façon

Quand on a zéro possibilité de faire son travail selon sa propre logique, alors on perd totalement le goût de ce que l’on fait. On ne peut pas mettre nos compétences à profit et on perd confiance en soi.

Par exemple, la pâtissière qui connaît des astuces de chimie qui pourrait aider à confectionner des gâteaux plus solides, mais qui doit suivre un protocole vieillot.

Voici un autre exemple qui se rencontre beaucoup (je vous parle ici de mon expérience) dans les organisations qui ont des grandes orientations politiques, où c’est souvent le cas. Une cliente qui avait été engagée pour faire une récolte de données pour mesurer la situation par rapport à un problème environnemental, mais quand elle a sorti son rapport, il a dû être scindé en deux, car une partie ne relevait pas de son ministère et l’autre partie devait être édulcorée pour être politiquement recevable… elle a dû donc tout reprendre pour cadrer avec les politiques.

Le manque de reconnaissance

Parfois on a toute l’autonomie dont on a besoin, mais on évolue dans un monde où il n’y a aucun retour sur la qualité de notre travail, l’effort qu’on peut y mettre, ou tout simplement la considération naturelle que tout humain a le droit d’avoir.

Vous voulez stresser quelqu’un, ignorez-le ! Ignorez son travail et il va tellement se remettre en question (si son estime de lui n’est pas solide) que cela risque de l’amener à ne plus savoir ce qu’il aime et s’ il est compétent.

Je pourrais vous donner mille exemples, mais celui qui m’a le plus marqué est le fait que dans une entreprise dans les mines on relevait toujours le petit détail qui n’allait pas dans le chantier. Quand tout allait bien, on mettait la barre toujours plus haut sans reconnaître tout ce qui allait… Ou encore le cas classique où c’est un employé, celui qui est au bout de la ligne du projet qui reçoit toutes les fleurs, parce que son rôle est bien visible, lui, alors que les autres travaillent dans l’ombre. On retrouve cela à la télévision par exemple.

Le manque de compréhension de ce à quoi on sert, de l’importance de son poste  

Dans certaines grandes entreprises, on perd vraiment de vue quelle pièce du casse-tête on apporte à la mission de l’organisation et c’est démoralisant. On se sent alors inutile. C’est surtout important chez les jeunes qui n’ont pas encore une connaissance vraiment poussée de l’entreprise ou de leur domaine.

Je me souviens d’une jeune professionnelle dont la mission était de répondre aux appels de la DPJ. Elle trouvait son travail routinier et outre le fait qu’elle était la porte d’entrée, elle sentait son poste peu prestigieux. Jusqu’à ce que sa nouvelle gestionnaire fasse un point avec l’équipe pour expliquer les enjeux de leur poste. Notamment les incidences de cocher telle ou telle case dans la suite des interventions… elle a alors vu que oui, elle avait un réel pouvoir et qu’elle était utile.

Souvent on prend pour acquis que les employés comprennent tout de la mission et de l’orientation de l’entreprise… c’est souvent faux. Ils ont une vue partielle et c’est cette vue partielle qui peut amener à de la confusion et à  une perte de sens.

Occasions de développement / formation

Et proche de cela il y a l’importance d’utiliser ses compétences à la mesure des défis qui se présentent. Sous-utiliser le potentiel de quelqu’un, c’est le tuer à petit feu. C’est donc important de soit développer la personne pour que l’adéquation compétences-tâches soit idéale, soit de lui donner les défis qui correspondent à son développement. Généralement, on trouve des entreprises qui sous-exploitent le potentiel de leur employé, mais en fait, l’inverse est vrai. Quand on donne trop de défis par rapport aux compétences, on peut aussi le stresser et lui enlever le goût au travail.

« La meilleure façon de tuer un homme est de payer à ne rien faire. »

Felix Leclerc

Par exemple, j’avais cliente qui avait une maîtrise en pédagogie et elle était clairement sous-utilisée dans son domaine. Elle restait en poste juste parce qu’elle avait quatre enfants et avait des bonnes conditions de conciliation travail-famille. Mais avec le temps, elle s’est usée. Même si elle cherchait à se rassurer que son poste lui permettait d’être là tôt pour ses enfants et de pouvoir prendre un jour à la maison en cas de maladie d’un d’entre eux, elle s’éteignait. Elle est tombée en épuisement… car le bore out  (s’ennuyer au travail), c’est aussi délétère que le burn out.

Voyez-vous à quel point l’environnement de travail est important ? Voyez-vous à quel point on peut perdre confiance en soi, alors qu’on n’est nullement en cause ? Voyez-vous à quel point les organisations, bien souvent, ne sont pas conscientes de l’impasse dans laquelle elles mettent leurs employés ?

Donc si vous vous sentez dans l’impasse et avez perdu toute confiance en vous au travail, regardez froidement votre travail et observez :

  • Manquez-vous d’autonomie ? Vous contrôle-t-on toujours sur la manière de faire votre travail ?
  • Vous reconnaît-on ? Reconnaît-on vos efforts, votre investissement, vos résultats ou autre ?
  • Vos compétences sont-elle sur ou sous exploitées ?
  • Avez-vous une intime compréhension de ce que votre travail apporte réellement dans l’organisation ?

Parfois, une bonne discussion avec son gestionnaire sur ces points, ou encore une demande à l’employeur peut aider à changer quelques paramètres… soyez proactif !

Mais ne sous-estimez pas le potentiel d’un mauvais environnement de travail sur votre santé. Jamais!